Clément Mao – Takacs

Directeur musical et artistique

Clément Mao – Takacs est l’une des étoiles montantes de la nouvelle génération de chefs d’orchestre. Il est lauréat du festival de Bayreuth via le Cercle National Richard Wagner, et a reçu en 2008 le prix « Jeune Talent »  de la Fondation Del Duca décerné par l’Institut de France / Académie des Beaux-Arts.

S’il commence très tôt la direction d’orchestre après avoir étudié diverses disciplines et pratiqué plusieurs instruments (il se produit toujours comme pianiste soliste et chambriste), il prend le temps de construire son parcours et de consolider son art par une solide expérience : il en résulte aujourd’hui une maîtrise technique impressionnante, une connaissance précise des styles et un très vaste répertoire, aussi bien dans le domaine symphonique que lyrique.

Sa facilité à communiquer immédiatement avec les musiciens comme avec le public et son enthousiasme en font l’un des jeunes talents les plus appréciés de ce début du 21ème siècle. Mais cette aisance repose un travail acharné et rigoureux, car ce perfectionniste n’aime ni le laisser-aller, ni les approximations. Il s’impose par le travail de fond qu’il mène sur le son de chaque orchestre qu’il dirige : l’un des éloges les plus souvent formulés à son égard est sa capacité à « faire sonner l’orchestre » et à en tirer « une large palette dynamique », qu’il s’agisse d’un ensemble de 16 musiciens dont il peut exalter la puissance ou d’un grand orchestre symphonique qu’il sait faire jouer comme un ensemble de chambre.

Il a travaillé à l’Opéra de Budapest (2002) et à l’Opéra de Rome (2003-2008). Il a été invité par la Camerata Strumentale « Città di Prato », l’Ensemble à vents du CNSMDP, l’orchestre Sérénade, l’ensemble Opus 95 et le Moonwaves Ensemble, le Festival Orchestra de Sofia… En 2012, il est invité par le festival Tons Voisins d’Albi à diriger l’orchestre du festival, où il remporte un vif succès dans des œuvres de Mahler, Strauss et Debussy.

En 2011, il fonde SECESSION ORCHESTRA, dont il assure la direction musicale et artistique, et avec lequel il se produit en France et à l’étranger : outre leur saison parisienne, citons les Lisztomanias de Châteauroux (Scène Nationale Équinoxe), festivals Tons Voisins (Albi), Chopin-George Sand (Nohant), CIMA (Porto-Ercole), Rencontres musicales (Calenzana). En 2014, il réalisera avec SECESSION ORCHESTRA une série d’enregistrements.

Vous pouvez consulter la biographie complète de Clément Mao – Takacs sur son site :

www.clementmaotakacs.com

 

INVENTER LE PRÉSENT, par Clément Mao - Takacs

« La tradition, c’est la négligence »
Gustav Mahler

« Il faut être absolument moderne »
Arthur Rimbaud

« Un art pour notre temps, une liberté pour l’art »
Devise gravée au fronton du Pavillon SECESSION à Vienne

« J’ai pris la décision en 2011 de fonder mon propre ensemble. Cela peut paraître fou dans un temps de crise comme celui que nous vivons. Mais, précisément, cela m’est apparu comme une nécessité, une réponse affirmative (au sens nietzschéen du terme !) face à l’atmosphère lourde et pesante qui menace peu à peu tous les domaines de notre existence, de l’alimentation à la culture, de l’éducation à l’écologie.

Faire preuve d’énergie, de volonté, de foi en l’Art, en la Jeunesse, en la Société m’a semblé la meilleure des parades à la morosité ambiante. Un orchestre, c’est un groupe humain qu’il faut fédérer, dont il faut exalter les qualités individuelles pour obtenir un résultat d’excellence collective ; c’est, jour après jour, réussir le difficile équilibre du respect des êtres, de leur bien-être, et le refus de toute mollesse, tiédeur, traditions sclérosées.

Être moderne aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie ? Ce n’est pas simplement être devant son écran et avoir accès à toutes les informations en temps réel ou suivre l’actualité, minute par minute ; c’est, à mon sens, aller au-devant des autres, croire à la rencontre humaine sous toutes ses formes, prendre en compte le contexte actuel en présentant des formes abordables qui correspondent à notre temps.

C’est en cela qu’un orchestre peut être aujourd’hui moderne : comme une entité allant vers le public, comme une proposition adaptée à notre vie dans la cité, jouant des codes urbains, mais déjouant aussi l’absurdité de nos rythmes habituels, en offrant des espaces de rêve, d’élévation, de découverte et de redécouverte.

A l’évidence nous ne pouvons nous contenter aujourd’hui de reproduire les formes qui firent la gloire et la fortune de nos aînés, mais nous devons inventer pour bousculer nos certitudes et chercher de nouvelles réponses. Un orchestre doit être une promesse, un engagement, un pari. Un concert de musique classique, et plus encore un concert d’orchestre peut être une expérience aussi intense que n’importe quel autre spectacle, et même aller jusqu’à porter une valeur exemplaire dans notre société en perte de repères : des gens s’assemblent, respectent une discipline commune, pour produire quelque chose qui n’est pas purement matériel et le rendre perceptible aux autres dans un espace-temps déterminé.

C’est à la fois pour répondre à des idéaux artistiques stricts et à des interrogations contemporaines sur la place de l’orchestre dans la société du 21ème siècle que j’ai créé Secession Orchestra ; pour bousculer nos certitudes, et rechercher de nouvelles réponses. Et c’est une aventure joyeuse qui commence à présent, car Secession Orchestra n’est pas un ensemble de plus dans le paysage musical : c’est un effort, une volonté, un dépassement de la satisfaction personnelle, une réinvention de l’individu au sein de la collectivité, afin d’incarner des valeurs universelles. »

À PROPOS DE SECESSION ORCHESTRA : entretien avec le chef d'orchestre Clément Mao - Takacs, réalisé par le journaliste Paul Anderson

Paul Anderson — Pourquoi ce choix du mot « Sécession » ?

Clément Mao – Takacs — Cette « sécession » peut s’entendre aussi bien comme la désignation de cette incroyable énergie artistique du début du 20ème siècle, qui forme la colonne vertébrale du répertoire de l’orchestre et se prolonge jusqu’à nos jours, que comme une rupture avec les codes et pratiques en vigueur dans le monde musical classique. La figure exemplaire et tutélaire de Mahler plane bien entendu sur cette volonté de repenser les us et coutume du monde musical classique, pour réinsérer l’éthique au cœur de notre art. Les musiciens classiques vivent dans un microcosme, avec ses rites, ses formatages, ses traditions, qu’il est bon de remettre périodiquement en question. D’autre part, le « marché » de la musique classique et contemporaine a connu ces dernières années des dérives inacceptables pour qui a conscience de la situation du monde actuel, et il appartient à notre génération de se montrer responsable et altruiste, en posant la notion de « partage » au centre de notre action.

Paul Anderson — Comment se traduit dans votre action cette « modernité » à laquelle tu sembles attacher une grande importance ?

Clément Mao – Takacs — Cela passe par plusieurs axes. J’évoquais la nécessité de repenser le rituel du concert ; de la même façon, travailler autour de programmes-concepts d’une cohérence irréprochable, permettant de développer à partir d’une idée unique de multiples ramifications est pour nous un moyen d’éduquer, de réunir, d’apprivoiser un public très diversifié. Et puis, je me suis toujours insurgé contre la « Musique Kleenex » telle que la moquait déjà Maurice Fleuret il y a cinquante ans. Pour s’opposer à des créations éphémères, nous avons choisi un engagement en profondeur auprès des compositeurs avec lesquels nous collaborons, qui puisse déboucher sur la prise en compte de leurs œuvres comme un répertoire à part entière, susceptible de revenir saison après saison, pour être mieux entendu, écouté, perçu par le public. Cette démarche d’appropriation par le public et d’itération des œuvres est essentielle pour instaurer un nouveau rapport de réception des créations dans la société contemporaine.

Paul Anderson — Tu ne diriges pas uniquement SECESSION ORCHESTRA ; qu’est ce qui constitue la particularité de ton rapport à cet ensemble ?

Clément Mao – Takacs — Tu sais, les musiciens et particulièrement les chefs d’orchestre ont un côté « savant fou » tenté par les expérience dangereuses ! SECESSION ORCHESTRA était l’occasion de mettre en pratique un certain nombre de théories, d’idées, afin de vérifier leur validité. Aujourd’hui, au niveau professionnel, il est très rare d’avoir le temps d’approfondir une œuvre, de pouvoir fouiller une interprétation de façon absolue – et je crois que la majorité des interprètes le déplore. Pour autant, les quelques personnes qui auraient le pouvoir de s’insurger contre cet état de choses ne le font pas ! Il est donc nécessaire de créer des structures différentes comme SECESSION ORCHESTRA, ne serait-ce que pour prouver qu’on peut travailler autrement. Et en tant que directeur artistique et musical, je peux mettre en œuvre une vision globale de l’action culturelle. J’ai la chance d’avoir choisi et d’être entouré de musiciens qui ont le même goût de l’effort commun, qui ont immédiatement adhéré à ce refus de la négligence, qui ont le désir de présenter un travail abouti ; et ils savent que ma propre exigence n’est là que pour tirer le meilleur de chacun d’entre eux. La plus jolie chose, c’est que, dès le départ, je voulais que SECESSION ORCHESTRA soit une formation ultra-professionnelle, pas un ensemble de « copains ». Du coup il y a entre nous tous un respect profond et beaucoup de joie à œuvrer ensemble, mais avec une bonne dose d’humour, et une amitié qui s’est installée naturellement.

Paul Anderson — Vous jouez beaucoup avec d’autres artistes, des musiciens, mais aussi des comédiens, des danseurs, des metteurs en scène… Pourquoi cette volonté de collaborations artistiques ?

Clément Mao – Takacs — Multiplier les collaborations permet d’exercer la ductilité de l’orchestre, de s’ouvrir à d’autres univers. Je crois par exemple qu’il est très important pour un orchestre – comme pour un chef ! – d’être capable de jouer le répertoire symphonique et le répertoire lyrique : chacun réclame des qualités particulières, et pouvoir passer de l’un à l’autre nous donne une grande souplesse. Et puis, l’une des richesses de ce métier, ce sont les rencontres humaines et artistiques, et c’est extrêmement vivifiant de partager la vision d’un metteur en scène sur un opéra, d’accompagner un soliste, de dialoguer avec un récitant…

Paul Anderson — On a le sentiment que SECESSION ORCHESTRA entre en scène d’une certaine façon, s’habille d’une certaine façon, se comporte d’une certaine façon : tu fais attention à l’image de votre groupe ?

Clément Mao – Takacs — Nous vivons dans une société de l’image, saturée par l’image, où l’image – celle que vous dégagez comme celle que vous recevez – est un signal fort. Paradoxalement, le défilement des images est si rapide qu’il faut aussi créer des éléments visuels identitaires, des repères, tout en restant capable d’évoluer. Les codes de la musique classique existent, sont repérables : on peut les casser, les arrondir, les contourner, les inverser ou les réinventer pour les faire évoluer. Je n’ai aucun doute sur la nécessité de cette évolution aujourd’hui – à moins de vouloir devenir une pièce de musée ! Nous avons donc notre propre rituel, du look jusqu’à la façon de s’accorder, qui fait partie de notre façon de penser et de vivre la musique – en aucun cas artificiellement mais au contraire, organiquement !

Paul Anderson — Qu’est-ce qui fait le petit « plus » des concerts de SECESSION ORCHESTRA selon toi ?

Clément Mao – Takacs — Je ne sais pas s’il y a un « plus » ! Mais c’est vrai que nous avons la chance de vivre des expériences incroyablement riches avec nos différents publics. Je crois qu’il y a deux choses importantes. La première c’est que nous avons essayé de centrer nos concerts sur une relative économie de moyens, un dépouillement, pour amener le public à une concentration, à une réception des œuvres la plus totale possible. Nous essayons vraiment d’être les interprètes d’un texte, mais pas de nous servir du texte pour briller : simplement, humblement, de le faire entendre le mieux possible. L’autre aspect découle directement de cela : le désir de faire du concert un lieu d’enrichissement mutuel entre le public et les musiciens, d’un échange didactique (découvrir, réactiver, ressentir) en renouant un lien social et humain. Pour moi, et particulièrement dans les concerts que je dirige avec SECESSION ORCHESTRA, le public est un ensemble d’hommes, de femmes, d’enfants, qui nous font un don : ils nous accordent, une, deux, trois heures de leur vie. Ce « temps de vie », de leur vie, c’est un temps qu’ils ne consacrent pas à autre chose que nous écouter, et je trouve que c’est une décision énorme, riche de conséquences, un cadeau très précieux. Il faut donc être digne de ce présent, et leur offrir en retour le meilleur de nous-mêmes : alors, il se passe quelque chose, les gens le sentent, une communion s’installe entre nous, et nous décollons ensemble…