L’Aube d’un Art Nouveau

Vendredi 15 juin – 20H
Théâtre de l’Hôpital Bretonneau (23, rue Joseph de Maistre, Paris 18e)
concert orchestre
Debussy, Schönberg, MahlerSecession Orchestra | Clément Mao – Takacs, direction

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Les années 1890 sont riches de promesses artistiques : de Vienne à Paris, un art nouveau semble émerger. Toutes les créations qui en découlent semblent profondément liées à la Nature et à sa représentation.

Claude Debussy invente en prélude à un poème de Mallarmé les volutes subtiles d’un roseau chantant, un poudroiement sonore, un sentiment panthéiste profond. C’est une nature idyllique, idéalisée, mythique dans laquelle des créatures évoluent avec sensualité et sans autre souci que l’assouvissement de leurs désirs… et pourtant, cette partition ouvre clairement une fenêtre sur la modernité.

Gustav Mahler choisit quant à lui d’ouvrir sa Première Symphonie avec un « son », une « résonnance de la nature » selon ses propres mots. Dans ce cadre bucolique, entre cri de coucou, appel de la caille et fanfares lointaines, l’homme serait incongru. Mais cet espace naturel si serein est bien vite gangrené par une ironie qui attaque tout : danses, formules musicales, thèmes populaires, et jusqu’à la tutelle sacro-sainte de Beethoven, rien n’échappe aux distorsions de tout ordre. Avec ce premier opus symphonique, Mahler réalise à la fois la synthèse et la critique de la grande tradition autrichienne et allemande, utilise les propositions audacieuses de Liszt et Berlioz, et impulse clairement un élan vers l’avenir.

Cet avenir sera prolongé par Schönberg, qui avec ses 6 pièces brèves op. 19, rend hommage à la tradition classique, à Mahler, tout en disant adieu à la tonalité. Microcosmes répondant au macrocosme mahlérien, l’op.19 est une stèle marquant clairement la frontière entre un avant et un après, non sans émotion et sans nostalgie, mais avec la même certitude que celle de Rimbaud, celle de la nécessité d’un « départ dans l’affection et le bruit neufs ».

Sous la direction de Clément Mao – Takacs, Secession Orchestra poursuit son exploration du répertoire à travers deux partitions, deux coups d’essai qui sont des coups de maître, à travers lesquelles Debussy, Schönberg et  Mahler nous enseignent que tout acte créateur est fondé sur un regard double, tendre et sévère envers le passé mais aussi fièrement persuadé du caractère novateur de sa vision. [/spoiler]