Idylles

Dimanche 2 décembre 2012 – 18H
Temple Saint Marcel (24, rue Pierre Nicole, Paris 5e)
concert orchestre
Chabrier, Debussy, Liszt, Schönberg, Wagner
Secession Orchestra | Clément Mao – Takacs, direction

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« Entre ses enfants, sa maison, le mari aimé et respecté, elle goûte un bonheur à peu près sans mélange. Ce tableau idyllique mérite d’être examiné de plus près… (…) 
Qu’arriverait-t-il si Pierre cessait d’aimer Natacha ? »
Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe

C’est un lieu bucolique à souhait, pastoral à l’envi, une Nature paradisiaque et favorable à l’homme, qui forme le cadre de l’idylle ; on ne s’y occupe de rien, sinon de conter fleurette, de soupirer en apprenant la complexe Carte du Tendre, d’y laisser libre cours à son humeur, exubérante, élégiaque ou contemplative, mais toujours – ô comble du lyrisme – centrée sur soi-même. C’est tout le sens de l’églogue de Debussy d’après Mallarmé, cet onanisme mental d’un Faune narcissique préoccupé par ses seuls désirs.
Comme tout est beau, comme tout est merveilleux dans l’idylle ! Tout fleurit comme par enchantement, les ramures se penchent pour caresser les fronts qu’une douce brise rafraîchit… Justement, le tableau est trop parfait, et la naïveté de la vision ne saurait celer la fadeur mièvre qui s’en dégage ; l’idylle se résout le plus souvent par des larmes, se solde par un dur retour à la réalité. Peut-être est-ce là sa raison d’être : la nécessaire confrontation d’un être avec le réel, la prise de conscience de son autarcie et de son autisme affectifs, l’erreur salvatrice permettant d’écarter le voile si confortable de l’illusion.
Précisément, évoquer l’idylle, c’est rechercher la fêlure dans la coupe d’or, comprendre pourquoi ce qui paraissait idéal n’était qu’un leurre. Quelle vision archaïque se cache derrière le sublime chant de Wagner en l’honneur de la mère et de l’enfant ? Que prétendent conter les vignettes pieuses et charmantes coloriées par Liszt ? Ce qui paraissait si évident au début de L’Arbre de Noël se dégrade peu à peu, la légende et les clichés sulpiciens laissant apparaître, par bribes puis par vagues toujours plus insistantes des instantanés de la situation historique contemporaine et des souvenirs douloureux et lancinants.
Le genre de l’idylle ne serait-il pas le dernier refuge d’une ironie subtile, le lieu rêvé pour fronder une société sclérosée et offrir un contre-pouvoir ? A travers des pièces concises, aphoristiques, qui font mouche à chaque fois, se fait jour un art de la critique ; et sous ses dehors « charmants », il semble bien que l’idylle soit une arme redoutable, à la manière de ces « canons cachés sous les fleurs » que Schumann pressentait chez Chopin. [/spoiler]