Folk Songs

Vendredi 16 novembre 2012 – 20h
Théâtre de l’Hôpital Bretonneau
musique de chambre
Berio, Debussy, Lutoslawski, Milhaud, Respighi
Marianne Seleskovitch, mezzo-soprano | Bertrand Laude, clarinette
Clément Mao – Takacs, piano

[spoiler title= »à propos de ce concert…. » open= »0″ style= »1″]

D’où vient la musique ? Quelle est son origine ? A partir de quel moment a-t-on inventé cette rupture entre musique populaire et musique savante ? Sont-elles si différentes, divergentes ? Et que nous disent-elles, que nous enseignent-elles en ce 21ème siècle ?
C’est à toutes ces questions que tente de répondre ce concert, à travers des œuvres qui jouent de cette dialectique entre musique populaire et musique savante.
Qu’il s’agisse pour Berio de proposer des pastiches qu’il enlumine d’harmonies plus modernes, pour Respighi d’élever au rang d’arie d’opera des chansons arméniennes à tonalité mystique, ou pour Milhaud de reprendre des motifs populaires hébraïques, une même fascination pour le folklore, les folklores se fait jour.
Mais reste à savoir si ce folklore est réel ou fantasmé, à quoi correspond cette quête, et si, malgré les meilleures intentions du monde, son utilisation comme matériau est justifiée : harmoniser une chanson populaire, n’est-ce pas une façon de la figer, de la taxidermiser, de trahir l’essence de son expression – celle d’une liberté et d’une interprétation relevant d’une subjectivité individuelle ?
Car c’est cela que nous entendons à travers l’expression « populaire » : un chant venu du fond des âges, du fond de notre histoire qui soudain nous touche et nous émeut jusqu’aux larmes, parce qu’il a trouvé en nous une résonance. C’est cela que l’on sent confusément dans les pièces de Lutoslawski, où la ligne de démarcation entre savant et populaire est devenue invisible, ou dans ce titre si global de « Rhapsodie » employé par Debussy qui souligne la portée universelle d’une rêverie précise et personnelle dont les contours semblent pourtant appartenir à la rue et à tous.
Il paraît nécessaire aujourd’hui d’entendre ces musiques à condition d’accepter de garder l’esprit éveillé, et de réfléchir :
– aux notions qu’elles véhiculent et dont l’interprétation est souvent dangereusement faussée parce que forcée : racines, identité culturelle et nationale ;
– à ce qu’elles recouvrent le plus souvent : exils, actes politiques, violences morales et physiques ;
– à ce qu’elles disent : l’enfance troublée, la faim, la peur, l’angoisse, la douleur, la perte.
Enfin, il s’agit peut-être de saisir, bien plus que leurs particularités, les convergences de ces musiques vers un lieu enfin débarrassé de nos folies meurtrières et exterminatrices, où l’on considère l’Autre comme un autre soi-même, avec respect et bienveillance. [/spoiler]