Tressaillir • Frissonner • Exciter • Frémir • Trembler

Samedi 7 décembre 2013 – 16h
Temple Saint Marcel (24 rue Pierre Nicole – Paris 5)
concert orchestre
Komives : Thriller ; Liszt : Sonate (transcription pour 15 instruments à vents de J. Komives)
Secession Orchestra | Clément Mao – Takacs, direction

[spoiler title= »à propos de ce concert… » open= »0″ style= »1″]

Le conteur, qui veut faire paraître des choses absentes, y réussit bien mieux par le frisson de la peur que par une suite raisonnable de causes et d’effets.
Alain, Les Idées et les âges

Comme un visage en pleurs que les brises essuient,
L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient
Charles Baudelaire, Le Crépuscule du matin

Composé en 1989 pour 15 instrumentistes à vents, Thriller est une des œuvres essentielles de la production du compositeur d’origine hongroise Janos Komives (1932-2005).

Son titre prend sa source dans la fascination du compositeur pour le genre cinématographique éponyme “made in Hollywood”, dont il offre un équivalent à travers une « succession en cascade “d’effets”, de “frissons” et d’autres “coups de théâtre” provoqués (cela va de soi), par des moyens musicaux ». Le compositeur souligne « l’ordonnancement formel de la composition, lequel, avec ses “fondus-enchaînés”, ses “flash-back”, ses “fadings”, ses “cuts”, secs et insolites, ses “citations” en clins d’œil nostalgiques ou complices, doit beaucoup aux différentes technique de montage utilisées par le cinéma ».

Janos Komives s’amuse ici avec les codes, climats et atmosphères du cinéma noir, jouant du mystère inhérent à ce genre si particulier, puisque la dédicace même (– pour Tiltaque -)  recèle une énigme et un secret hermétique pour tout autre que les initiés…

Trois ans plus tôt, Janos Komives osait orchestrer la Sonate de Liszt pour 15 instruments à vents, et dans un bref texte, répondait à la question Pourquoi orchestrer la Sonate en si mineur ? :

« La question est justifiée. L’entreprise semble insensée, dérisoire, – sans parler de la témérité qu’elle suppose… Cependant, la Sonate de Liszt possède indiscutablement une dimension symphonique, que ses exégètes n’ont jamais manqué de souligner. Sa démesure formelle, sa tendance à vouloir dépasser les limites instrumentales du piano, ses liens d’inspiration manifestes avec la Faust-Symphonie composée à la même époque (1852/53) ne font que corroborer cette constatation. Des éléments d’ordre plus personnel doivent pourtant compléter la réponse à la question initiale. 

Mes premiers balbutiements sur un clavier ont été guidés par un professeur, qui était l’élève de Liszt. Plus tard, j’ai appris l’essentiel de ce que je sais de la Musique, sous son nom et littéralement à ses pieds : à l’Académie F. Liszt de Budapest, dans cette salle n° 10, dont les portes-fenêtres donnent directement sur une terrasse, où se dresse sa statue haute d’un étage entier. La fréquentation ultérieure et constante de ses œuvres symphoniques et précisément de cette Faust-Symphonie dont la fascination n’est pas prête de me quitter, m’ont peu à peu révélé toute l’intensité de mon admiration devant le musicien et devant l’homme, que certaines affinités de circonstance ne font qu’approfondir.

Un jour ou l’autre, je devais rencontrer la Sonate…1986, avec le centenaire de la mort de Liszt était l’occasion. (…) Faisant fi de la moue prévisible des esthètes frileux, je me suis attelé à ce travail avec une passion et une joie, qui m’ont surpris, moi-même. 

J’attends le verdict, j’attends la réponse : fallait-il donc orchestrer la Sonate en si-mineur ? Certes, les censeurs, les maîtres-penseurs de notre monde sectaire et avide « d’authenticité » acceptent mal les orchestrations, transcriptions et autres arrangements, toujours suspects, toujours condamnables, – comme si leur univers étriqué pouvait quelque chose contre une pratique aussi vieille que la musique elle-même ! Là encore l’exemple de Liszt me guide : Seul compte le résultat ! Seul, le jugement du public est authentique ! »

Ce geste d’amour envers une figure tutélaire – geste audacieux, et ô combien lisztien ! – révélait à la fois la maîtrise d’un orchestrateur remarquable, et sa capacité à faire jaillir de l’original pour piano tout ce qui s’y trouve en germe, à commencer par la dimension symphonique, la variété des couleurs, la diversité des plans et des voix. Mais surtout, cette orchestration met en valeur la qualité synthétique de cette Sonate, à la fois creuset musical entre passé et futur, et répertoire de formes musicales –  variation, fantaisie, sonate et poème symphonique… Entre les échos des fugues de Bach ou le souvenir des accents de l’Egmont beethovénien, et les chorals wagnériens voire mahlériens de la “musique de l’avenir” dont Liszt sera l’un des hérauts, la Sonate se révèle comme le grand Œuvre musical par excellence : une tentative de tout contenir, de réunir l’espace et le temps au sein d’un opus majeur, digne pendant du Faust de Goethe. [/spoiler]